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En 1962, je publiais mon premier livre, Provisoires amants des nègres... Un livre dont Sollers perçut immédiatement l'explicite référence à Rimbaud. Il fut d'ailleurs le seul.

« Situation », L'Infini, n°75, été 2001.

 

Première lettre de Philippe Sollers à Marcelin Pleynet, 1961.

Cher Monsieur,
Je viens de lire vos poèmes. Pensez ce que vous voudrez de ma réaction (je ne crois pas d’ailleurs qu’elle doive vous sembler très considérable), mais enfin je les trouve superbes. Voilà longtemps que j'avais cessé de lire de la « poésie », dégoûté que j’étais par une impression d’abus de confiance général. Ici, chez vous, je retrouve tout : mon goût – et mieux que lui –, une science et une perfection synthétiques, simples, qui, bien sûr, ne sauraient admettre de commentaires.
La syntaxe, le rythme, ne me paraissent pas rimbaldiens pour rien (comme il arrive à tant d’illusionnistes contemporains), la vision est presque toujours extrêmement belle (complexe). C’est vrai, tout cela est extraordinaire.
Bref, « j’y suis, j’y suis toujours ! » (et même, depuis ma lecture, ces poèmes ne me quittent pas). Tel Quel serait honoré d’en publier (moi, j'aimerais que ce soit beaucoup). Pouvons-nous nous rencontrer un de ces prochains jours ? Je vous montrerais mon choix, nous nous mettrions d’accord.
Merci.

Ph. Sollers

Cayrol me dit que vous venez le mardi et le vendredi. Mettons alors mardi prochain vers 17 h. à la revue ?
Pouvez-vous m’apporter – c’est curiosité de lecteur - toutes choses de vous montrables et récentes ?

 

Cf. Jacqueline Risset, Marcelin Pleynet, coll. « Poètes d'aujourd'hui », Seghers, 1988.

 

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1981

Marcelin Pleynet est avant tout un poète, mot qu'il faut employer à son égard avec toute la charge de sauvagerie et d'intransigeance qui fait défaut, d'habitude, à des exercices exténués du même nom. STANZE, son livre principal, dont seul le premier volume est paru, est sans aucun doute la plus grande production lyrique en français depuis le passage fulgurant d'Antonin Artaud. Comme critique, on doit à Pleynet au moins deux livres majeurs : Lautréamont et Art et littérature. Mais c'est le poète qu'il faut connaître d'abord. Son rôle historique, notamment à la revue Tel Quel, est depuis 15 ans considérable.

Philippe Sollers, Courrier du centre international d'études poétiques, n°139-140, janvier-février 1981.

 

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2007

Il faut aussi, mais c'est impossible car incalculable, que je salue ici mon ami Marcelin Pleynet à travers toute cette histoire. Après-midi à la revue (Tel Quel, puis L'Infini), conversations de fond, établissement des sommaires et des illustrations, digressions sur tous les sujets, lectures communes, encouragements réciproques. Un enregistrement continu de ces rendez-vous quotidiens (une heure sur Rimbaud, une autre sur Hölderlin, une autre encore sur Giorgione, Piero della Francesca, Cézanne ou Picasso) ferait un roman extraordinaire. On en a une idée en lisant, de Pleynet, ses “Situations” qu'il a sous-titrées “Chroniques romanesques”, ou encore son Savoir-vivre, petit livre éclatant. Personne, aujourd'hui, et pour cause (jalousie intense), n'est plus injustement censuré. Cela se comprend sans peine : Pleynet est fortement a-social, pas du tout communautaire, extrêmement exigeant, au point qu'à le suivre nous n'aurions pas publié le dixième de ce qui a été imprimé. Beaucoup plus sévère que moi, donc, vertu peu courante. Pas de dettes entre nous, je crois, mais une conviction partagée.
L'amitié est un bien.
“Qui considère la vie d'un homme y trouve l'histoire du genre. Rien n'a pu le rendre mauvais.” (Lautréamont.)
Parce que c'était lui, parce que c'était moi, parce que la situation l'exigeait, parce qu'il n'y avait, et qu'il n'y a toujours, rien de mieux à faire.


Philippe Sollers, Un vrai roman. Mémoires (2007).